Socialiser après le confinement

Avant la pandémie mondiale, j’avais le contrôle de mon anxiété. Pas que j’étais complètement libérée de toute angoisse mais plutôt que je n’avais plus eu de crise depuis un moment. Puis Covid-19 est apparu et j’ai perdu tout contrôle.

Je ne l’ai jamais mis noir sur blanc mais j’ai une phobie de la mort. Rien que d’y penser, j’en ai des frissons, j’ai une boule à la gorge et je me sens juste étrange à l’intérieur. Une fois que l’éventualité d’un confinement a été annoncé, j’ai été frappée par la réalité de la chose. Ce virus n’était pas quelque chose de loin ou vague dont on ne parlerait plus la semaine prochaine, non il était bel et bien là. Et j’ai été prise de panique. Je vous en avais parlé ici. Mon instinct de survie a été de sauter dans le premier Eurostar direction la Belgique. Et je dois avouer qu’être loin de tout et isolée m’a permis de me détendre. Je me suis focalisée sur le boulot et sur les petits plaisirs de la vie (ici et ). Lorsque je sentais une petite angoisse se manifester, je pouvais m’apaiser avec une grande respiration et a little pep talk.

La thanatophobie est une peur irraisonnée de la mort en général, de la mort de ses proches et de sa propre mort. Et je sais que celle-ci ne s’en ira jamais. C’est quelque chose avec lequel je vis quotidiennement. J’essaie juste de ne pas y penser et comme je n’y suis pas confronté, je gère plus ou moins bien. Mais maintenant qu’une deuxième vague nous frappe, j’y suis confrontée quotidiennement. Et j’ai développé une nouvelle peur que je n’aurai jamais imaginé ressentir.

Ma peur de la foule

Étant une adepte des concerts et des festivals depuis mon adolescence, je n’ai jamais ressenti une once de peur quand j’étais entourée d’autres personnes. Et pourtant ce n’est pas faute d’avoir été écrasée, bousculée et même un peu piétinée. Mais ça ne m’a jamais traversé l’esprit. Par contre depuis que la fin du confinement a été annoncé et que les règles se sont assouplies, c’est une toute autre histoire. Je ne dirai pas que je suis agoraphobe. C’est juste que je n’aime pas sortir de chez moi car je me sens mal à l’aise lorsqu’il y a trop de monde autour de moi.

Par exemple, quand je vais courir j’évite les rues principales ou populaires. Je vis à deux pas de Brick Lane et pourtant je n’y ai pas mis les pieds depuis mon retour à Londres. S’il y a des gens qui marchent sur le même trottoir que moi, dans ma direction, je traverse. Les seuls endroits où je me sens en sécurité, c’est dans le parc et au pub/restaurant. Étrangement les gens y respectent la distanciation sociale. À côté de ça, dans la rue, ils n’en ont plus rien à faire.

Socialiser après le confinement

Mais si je ne sors plus, si je ne me mêle pas un peu à la foule, je sais que je vais également alimenter cette nouvelle peur. Et je pourrais faire une croix sur toutes les choses que j’aime comme les concerts ou encore les voyages. C’est un peu lorsqu’on a peur de l’avion, il est conseillé de traiter sa peur avec des vols courts de temps en temps et d’augmenter la durée petit à petit. Je pense que c’est une approche intéressante. Alors j’essaie de trouver un juste milieu pour ma situation.

Je vais courir un jour sur deux.

Ça me permet de voir du monde sans trop m’en approcher. De m’acclimater à la population on va dire.

Je fais mes courses en ligne.

Afin d’éviter de rester trop longtemps au magasin, je fais une grosse commande en ligne par mois et je me fais livrer. Quel luxe. Je n’ai jamais fait ça. Pour les produits frais comme les légumes et les fruits, je vais au petit maraicher du coin pendant les heures creuses. Un point positif du télétravail je suppose. Je ne croise personne, je soutiens l’économie locale et en plus je mange sainement.

Je fais confiance à mon entourage.

Je n’aurai jamais imaginé qu’il y avait autant de parcs à Londres. Rien que dans mon quartier, il y en a au moins 5 à 10-20 minutes à pieds de chez moi. Et se retrouver au parc est devenu le meilleur moyen de socialiser. On en parle assez ouvertement donc je sais que je peux faire confiance à mes amis et qu’ils sont vigilants. Donc j’essaie de ne pas trop penser à ce qu’ils font en dehors de ce moment afin de profiter de l’instant présent.

Je vais au bureau une à deux fois par semaine.

Ma boîte a décidé de rouvrir deux fois par semaine, le mardi et le jeudi. Uniquement pour les personnes qui n’ont pas à prendre les transports en commun pour se rendre au bureau. Autant dire que lorsqu’on vit à Londres où les loyers sont complètement hors de prix, c’est plutôt rare. J’ai la chance d’habiter à 20 minutes à pieds de nos locaux. Alors qu’on est habituellement entre 25-30, nous ne sommes plus que 6. Tout un système a été mis en place pour assurer notre sécurité.

Je “sors” deux fois par mois.

Je m’octroie un passage au pub ou au resto de temps en temps. Ces établissements ont tellement souffert de la crise qu’ils ont mis en place un système pour rester ouvert tout en appliquant les règles de distanciation et de sécurité. De l’arrivée, à la commande, au service, tout est réfléchi. Et étrangement je m’y sens en sécurité. On pourrait dire que je me mets en danger mais si je ne fais pas un minimum, je sais que je vais rester enfermée chez moi et alimenter cette étrange peur.


Pour l’instant, j’ai besoin d’écouter mon corps, d’écouter mes émotions et surtout d’être intelligente dans mes actions. M’enfermer ne serait pas une solution. Sérieusement je pense que ça me rendrait folle. Comme je l’ai dit précédemment, il faut trouver un juste milieu et rester vigilant. Car finalement on ne peut compter que sur soi-même.

Je me sens en sécurité car je sais que je prends les précautions nécessaires pour me protéger et aussi protéger les autres. Je prends mes distances. Je porte mon masque que je change à chaque fois et que je lave. Je ne touche rien, je me lave les mains fréquement. Je n’utilise pas les transports en commun et j’évite tout déplacement non nécessaire.

J’avais prévu de voir Haim en concert au mois de juin dernier. Récemment elles ont annoncé une nouvelle tournée en Grande Bretagne pour juin 2021. Et bien que ce soit encore loin et que j’espère qu’on pourra mettre tout ça derrière nous, je ne me sens pas prête à acheter un ticket. Je ne sais pas quand je pourrais à nouveau assister à un concert et ça me rend triste. La musique fait tellement partie de moi. Mais à l’heure actuelle, je pense qu’il y a bien plus important.


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