3 livres — 3 films

Il y a quelques mois, j’ai découvert trois livres qui ont vraiment résonné en moi. Chacun avait clairement sa place dans mon Best Books of 2018 (un s’y est d’ailleurs glissé). Par hasard les trois ont été adaptés sur grand écran. L’idée de comparer la version originale avec la version cinématographique m’a vraiment plu. Les trois œuvres, Simon vs. the Homo Sapiens Agenda, The Hate U Give et Dumplin’, abordent, à leur façon, le même sujet: l’adolescence et la recherche identitaire.

Simon vs. the Homo Sapiens Agenda

Écrit par Becky Albertalli | 2015 | Young Adult

Simon Spier n’est ni populaire ni looser. Il avance dans la vie sans attirer l’attention sur lui. Bien qu’il soit très proche de ses amis et de sa famille, il leur cache quelque chose. Il est homosexuel. Personne ne le sait à l’exception d’un certain “Blue” avec qui il échange des emails sous le pseudonyme de “Jacques”. Au fur et à mesure les deux se rapprochent et une vraie complicité se crée. Pourtant Blue n’est pas prêt à révéler son identité. Puis un courriel tombe entre de mauvaises mains et Simon fait l’objet d’un chantage. Son secret, et de surcroît celui de Blue, sont menacés s’il n’aide pas Martin à rentrer dans les bonnes grâces de sa meilleure amie Abby. Simon fera tout pour protéger le secret de Blue au détriment du sien et sa relation avec les autres.

pretty naive | 3 livres, 3 films (Love, Simon)

Produit par Greg Berlanti | 2018 | Romantic Teen, Comedy-drama

Love, Simon est une version très condensée du livre mais néanmoins assez fidèle. Le titre a lui aussi subi quelques réductions. Je suis contente que Simon vs. the Homo Sapiens Agenda fut adapté au cinéma car l’œuvre soulève énormément de questions.

Est-il préférable de ne rien dire et laisser assumer les autres de notre identité sexuelle ou assumer qui on est et se faire brutaliser? Les parents sont le premier exemple direct sur lequel on va se baser pour établir des normes et construire notre vie. C’est parfois difficile d’être différent de ses modèles de référence. Pourquoi seulement les personnes qui s’identifient comme LGBTQ+ doivent sortir du placard et annoncer sur tous les toits leur orientation sexuelle? Même si on possède une famille aimante et solidaire, ce n’est pas facile de se révéler à tout le monde. Des fois on a juste envie que les choses restent comme elles sont car on a peur de se dévoiler et changer la donne du tout au tout. On aborde également le pouvoir d’Internet. Internet réduit les barrières, on se sent moins seul. Malheureusement il a également un aspect négatif sous forme du harcèlement, du chantage et du non-respect de la vie privée.

Selon moi, Love, Simon met à certains moments un peu trop l’accent sur l’identité de Blue et on en perd un peu l’innocence et la beauté du livre. Aussi dans le livre, Leah est amoureuse de Nick. Dans le film, elle est amoureuse de Simon. A moins que j’aie loupé quelque chose dans le livre, je trouvais cela dommage d’ajouter un petit drama supplémentaire. La rivalité entre Leah et Abby n’est pas assez traitée à mon goût, ni même l’identité d’Abby tout simplement. Néanmoins, ce qui me plait dans les deux œuvres, c’est l’aspect d’adolescent lambda que représente Simon. On ne joue pas sur les clichés et ça fait du bien de lire/voir ça. Nick Robinson est d’ailleurs très convaincant dans ce rôle ainsi que le reste du casting. J’ai néanmoins un petit reproche à faire. Si vous avez lu Simon vs. the Homo Sapiens Agenda, vous verrez directement qui est Blue car son personnage est dévoilé dès les premiers plans. Ce qui n’est pas le cas dans le livre. Les personnages sont ajoutés au compte-gouttes à l’histoire. Que ce soit avec le film ou le bouquin, sortez les mouchoirs!


The hate u give

Écrit par Angie Thomas | 2017 | Young Adult

Il y a deux Starr Carter. Starr de Garden Heights, le quartier pauvre où elle vit avec sa famille et Starr de Williamson, l’école de banlieue chic qu’elle fréquente. À Williamson, elle doit calmer sa façon d’être sous peine de passer pour “hood”. À Garden Heights, elle fait également attention à ses gestes, ses paroles afin de ne pas s’attirer les remarques des autres qui la jugerait trop “blanche” pour une jeune fille noire américaine de 16 ans. Malheureusement l’équilibre entre ces deux mondes est rompu lorsque Starr assiste à la mort de son meilleur ami d’enfance Khalil. Celui-ci est tué par un policier blanc. 

pretty naive | 3 livres, 3 films (The Hate U Give)

Produit par George Tillman Jr. | 2018 | Crime drama

The Hate U Give devrait être au programme pédagogique afin de sensibiliser les jeunes sur les différentes thématiques abordées dans l’œuvre. A nouveau, je suis contente que celle-ci fut adaptée en film car cela permet une plus large propagation du message.

On se sent souvent obliger d’agir d’une certaine façon afin d’être accepté, inclus dans un groupe et tout particulièrement à l’adolescence. On tait une partie de soi, on met en avant une autre. Nos convictions, notre héritage, nos goûts, font partis de nous. On devrait être capable de tout mettre sur la table et dire aux autres de nous prendre comme nous sommes. Il n’est pas étonnant que Starr ait une crise identitaire. Ensuite il y a le racisme et tout ce qui l’entoure le white privilege, l’abus de pouvoir, la différence de classes, la criminalité. C’est un sujet tabou sur lequel se pencher. On se dit que l’on a fait du chemin depuis les années 1900 mais pourtant celui-ci est bien présent. C’est tellement poignant de lire/voir, Maverick (le père de Starr) dire à ses enfants comment se comporter si la police les arrête. Il ressent le besoin de leur expliquer parce que leur couleur de peau est noire, un officier peut assumer qu’ils ont fait quelque chose de mal. C’est déchirant de savoir que ce discours est toujours d’actualité. En parallèle, cette œuvre est très touchante car pleine d’amour, d’optimisme, de tolérance, d’empathie, de courage, d’acceptation.

Niveau casting pour The Hate U Give, il y a Amandla Stenberg (vue au côté de Nick Robinson dans Everything, Everything) dans le rôle principale et elle donne parfaitement voix à Starr. Grosse surprise KJ Apa joue Chris, le petit-ami de Starr. Je n’ai absolument pas pu me défaire de son image d’Archie dans Riverdale donc je l’ai trouvé un peu moins convaincant. J’étais d’ailleurs déçue de la scène de la protestation, ce qui a largement écourté son rôle et ne nous permet pas de découvrir son potentiel. En effet, dans le livre, Chris n’hésite pas une seule seconde à marcher avec Starr dans Garden Heights. Dans le film, il part pour emmener en lieu sûr deux autres personnages. Algee Smith tient le rôle de Khalil. Bien qu’il n’a apparemment aucun lien de parenté avec Will Smith, on dirait une version plus jeune de ce dernier. Je prie secrètement pour une reboot de The Fresh Prince of Bel-Air. Petit changement au niveau du script, Khalil embrasse Starr. Et si mes souvenirs sont bons, ceci ne s’est pas déroulé dans le livre. C’est dommage d’ajouter ce détail sans intérêt.

Selon moi, certains personnages et relations auraient pu être un peu plus développés. Je pense à Oncle Carlos tiraillé entre son ethnicité et son rôle de policier, Maya une des meilleures amies de Starr qui est d’origine asiatique, Seven qui est mon personnage préféré dans le livre ou encore DeVante qui n’a tout bonnement pas été retenu dans le film. C’est dommage car son personnage, très similaire à celui de Khalil, nous permettait d’en apprendre un peu plus sur ce dernier. Il aura fallu condenser 444 pages en deux heures de film, c’est donc compréhensible. Et surtout, le message principal est bien développé. À nouveau, boîte de mouchoirs à portée de mains plus que conseillée!


Dumplin’

Écrit par Julie Murphy | 2015 | Young Adult

Willowdean est la fille d’une ancienne reine de beauté, Rosie Dickson. Comme si l’adolescence n’était pas une période assez difficile dans la vie d’une jeune fille, Willowdean est grosse (d’où son surnom Dumplin). Mais elle n’est pas du genre à être mal dans sa peau, elle assume ses rondeurs. C’est sa tante Lucy qui lui a transmis cette confiance en soi ainsi que son amour pour la chanteuse de country Dolly Parton. Les choses ont toujours été ce qu’elles sont jusqu’à ce que Bo, son collègue dans le fast-food local, lui montre de l’intérêt et sa confiance en elle s’écroule comme un château de cartes. Chaque année, la mère de Willowdean se jette corps et âme dans l’organisation du concours de beauté de la ville. Lorsque qu’elle découvre que sa défunte tante Lucy était supposée y participer l’année où sa mère a remporté sa première couronne, elle décide de lui faire honneur et avec sa meilleure amie Ellen, elles s’inscrivent à Miss Clover City. 

pretty naive | 3 livres, 3 films (Dumplin)

Produit par Anne Fletcher | 2018 | Coming-of-age comedy film

Aux premiers abords, Dumplin’ peut sembler très superficiel comme œuvre surtout en comparaison avec les deux précédents et pourtant, celui-ci pousse à la réflexion en abordant les thèmes d’amitié, de rivalité, d’acceptation, de ce besoin que nous avons à être parfait, de confiance en soi, d’obésité. Willowdean veut que sa mère la regarde comme elle regarde les candidates de ces concours. Lorsque l’on ne se sent pas bien dans sa peau que ce soit un problème de poids, de statut, d’image, on a souvent du mal à se laisser vivre et accepter notre droit à une relation amoureuse comme Willowdean avec Bo.

A nouveau, la version cinématographique de Dumplin’ est très condensée par rapport au livre. Un personnage (Mitch) est d’ailleurs passé à la trappe. Pourtant celui-ci est assez important vu qu’il aide Willowdean à reprendre confiance en elle et lui donne comme idée d’utiliser la magie comme talent pour le concours. Le personnage de Bo manque également de profondeur. Dans le bouquin, il est tellement plus que ce beau gosse avec qui Willowdean travaille. Impossible de le manquer, le film est porté par Jennifer Aniston dans le rôle de la mère. J’ai lu quelques interviews à la sortie du film où elle expliquait que son adolescence était loin d’être parfaite. Elle a eu une relation très difficile avec sa mère pour qui elle n’était jamais assez bien. C’est pour cette raison qu’elle a tenu à faire part de l’aventure Dumplin. J’ai adoré le trio Danielle Macdonald/Maddie Baillio/Bex Taylor-Klaus, respectivement Willowdean/Millie/Hannah. Un trio improbable mais qui néanmoins démontre que l’amitié n’a pas de barrière.

Impossible de mettre la main sur le film en anglais, je l’ai donc regardé en français où le surnom de Dumplin est traduit en Boulette. Fou rire assuré! Le film est plus optimiste et positif que le livre donnant une version un peu “Disney” à l’histoire. Il y a un rapprochement plus intense entre Willowdean et sa mère, ce qui est vraiment touchant (hello les mouchoirs) et manquait peut-être dans la version originale.


A leur façon, ces trois œuvres traitent de sujets dont on ne veut pas nécessairement parler. L’homosexualité, le racisme et l’obésité sont des thèmes assez tabou et pourtant ils ont le mérite d’être important et d’être exploité car ils nous touchent dans la vie de tous les jours. Ces trois livres m’ont un peu retourné et je dois avouer que les adaptations en ont fait autant. Si les histoires vous tentent mais que vous n’avez pas le temps de lire ou simplement l’envie, je vous conseillerai de donner une chance aux films. Bien que quelques éléments soient ajustés à l’écran, le message principal est parfaitement délivré. J’ai personnellement enchaînés les trois et de grosses larmes ont été coulées.

Les avez-vous lus/écoutés/vus? Qu’en avez-vous pensé?


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